Le théâtre Municipal de Nevers

Une histoire mouvementée…

1804
La municipalité décide de construire un théâtre pour remplacer l’archaïque salle de spectacle de la rue des Quatre-Vents datant de 1765 : « le projet est composé d’une salle de spectacle dans le goût moderne, d’un grand foyer public, d’un beau caffé et ses accessoires […] qu’a l’avantage de contribuer pour beaucoup à l’embellissement de la ville et de procurer au public la commodité dont il est privé dans la salle actuelle, le projet de construction réunira l’avantage bien plus précieux encore de faire cesser le danger dont les spectateurs sont journellement menacés d’être étouffé dans cette ancienne salle ».

1808-1812
Face aux atermoiements de la municipalité, le projet est repris par une société d’actionnaires. Le théâtre est bâti sur l’emplacement d’une partie vétuste du petit château Gloriette, attenant au Palais ducal. La première pierre est posée le 25 novembre 1809 et l’on officialise la construction en apposant, sur une pierre d’angle, une plaque de faïence. On dut poser cette plaque avec quelque solennité car, en dessous, lorsqu’on la descella plus tard, on trouva trois pièces neuves de 1 franc à l’effigie de Napoléon 1er. Toutefois le bâtiment est loin d’être achevé : mésentente des actionnaires, problèmes financiers et difficultés diverses retardent l’avancement du chantier, qui est interrompu en 1812.

1822-1824
La municipalité prend l’affaire en main, mais projets et contre-projets diffèrent la reprise du chantier jusqu’en 1822. C’est finalement l’intervention directe du maire, monsieur de Bouillé, régulièrement sur place pour stimuler les travaux, qui permet l’achèvement de l’édifice. Une première inauguration a lieu le 31 août 1823, mais sur une scène sans équipement, d’où une nouvelle inauguration le 6 janvier 1824. 

1835 à 1843
Un magnifique lustre orné de cristaux et pesant près de 200 kg remplace l’ancien démodé. Les « détestables poêles en fonte », qui incommodent les spectateurs, sont remplacés par des calorifères avec colonnes de cuivre et bouches de chaleur.

Un escalier creusé dans l’ancienne muraille relie directement le théâtre et la rue des Ouches. Selon Raoul Toscan, il prit assez vite le surnom de « fossés de Queylus », en référence au roman Le Bossu de Paul Féval.

1848
Le théâtre accueille les « clubs » ouvriers, sorte de syndicats de mécontents qui clament des revendications et ambitionnent de réformer l’ordre social. Ces réunions accélèrent la dégradation de l’intérieur, en particulier les velours, peintures et décors, ce qui entraine la fermeture de l’édifice.

1851
Première réfection : la salle de spectacle est décorée dans le goût Empire, « crème et doré ».

1887
L’incendie de l’Opéra comique à Paris amène à se soucier des conditions de sécurité du théâtre, où la situation est extrêmement délicate. En effet, la réserve aux décors est située juste au-dessus de caves donnant rue des Ouches, caves utilisées par deux locataires : l’Artillerie, qui y entrepose ses barils de poudre, et un cafetier, qui en a fait sa réserve d’alcool.

Après l’adjonction immédiate de deux échelles métalliques en façade pour l’évacuation des spectateurs du « paradis », plusieurs projets de restauration se succèdent. Cette restauration est rendue également nécessaire par le mauvais état des pierres de taille de la façade, gelées ou cassantes pour la plupart. 

1898 – 1899
Les travaux de restauration sont confiés à l’architecte Brazeau, qui donne à l’édifice son aspect actuel. À l’extérieur, la construction d’un large péristyle protège l’entrée des intempéries et permet de créer une avancée servant de terrasse. Deux escaliers latéraux sont ajoutés en hors d’œuvre afin de remplacer les échelles de secours. Une charpente métallique remplace la précédente en bois inflammable et la couverture d’ardoises est refaite. La décoration de la salle de spectacle est entièrement reprise dans un goût fin de siècle. Le parterre est agrandi grâce à la suppression de la buvette et il est pourvu de places assises. Diverses commodités sont également ajoutées, dont l’éclairage au gaz et des sonneries électriques. Le théâtre restauré est inauguré le 4 novembre 1899.

1917-1919
Les troupes américaines et canadiennes cantonnées dans les environs utilisent le théâtre comme lieu de divertissement. Si elles y installent l’électricité qui remplace le gaz pour l’éclairage, elles démontent le grand lustre devenu gênant. Celui-ci ne sera jamais retrouvé. 

1927 à 1947
Installation du chauffage central suite aux protestations des artistes et spectateurs. Pose d’une couronne lumineuse au plafond, composée de 100 lampes sphériques dépolies, et installation d’un éclairage de secours. Remplacement de la chaudière par des radiateurs.

1961-1962
La Commission départementale de sécurité demande une modernisation pour répondre aux normes de sécurité. La Commission du théâtre de Nevers, avant d’entreprendre des travaux,  visite d’autres théâtres (Moulins, Vichy…) dont la conception et la technique dans le machinisme sont éprouvées. La sécurité est mise à niveau grâce au renforcement des portes donnant accès au plateau, afin d’empêcher l’extension du feu, et par la construction d’une cheminée destinée à former un appel d’air sur scène en cas de sinistre. Le foyer est rénové et les loges des artistes enfin pourvues de sanitaires. Enfin, l’agrandissement de la fosse d’orchestre et la modernisation de l’éclairage améliorent le confort de la salle de spectacle. 

1977-1980
Suite à la fermeture de 1971 (le théâtre ne répondait plus aux nouvelles normes de sécurité), une rénovation quasi-totale de l’intérieur et des toitures est engagée : réfection des locaux à décors, loges et fosse d’orchestre ; renforcement de la scène, protection contre l’incendie ; rénovation du chauffage ainsi que de l’équipement acoustique, électrique et des jeux de lumière ; remplacement des fauteuils et des tentures. La capacité est limitée à 300 places pour le confort des spectateurs, sachant que le « paradis » est supprimé et que la régie lumière et son, installée au second balcon de face, neutralise une partie des places disponibles. Rattaché à la Maison de la Culture, le théâtre bénéficie d’une autonomie de gestion confiée au régisseur administrateur Jean-François Save. L’inauguration a lieu le 26 septembre 1980.

1993
La façade, la toiture et la salle de spectacle sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

2003
Installation d’un filet sous le plafond pour éviter les chutes de plâtre. Amélioration de la signalétique indiquant les issues de secours et remise aux normes des systèmes électriques… ce qui n’empêche pas une fermeture en 2009.

2015
Réouverture partielle et programmation des travaux pour une livraison fin 2017.

2018
Les 8 et 9 septembre, le théâtre municipal de Nevers rouvre officiellement. La programmation de la saison culturelle est annoncée à cette occasion.

Les travaux en chiffres

  • 900 kg de peinture
  • 800 m² de plancher
    et 600 m² de moquettes

  • 9 km de câbles électriques
    et 2 km de fibre optique

  • 70 luminaires de circulation
    fabriqués à Murano